lundi 30 août 2010

Ramadan, ramadan

7h37 : mon réveil sonne. On pourrait s'interroger sur le pourquoi du réveil à 7h37. La réponse est simple, c'est l'heure la plus tardive possible qui me permet de me réveiller, de prendre mon petit déjeuner, et d'arriver au boulot quelques minutes avant mon patron, soit aux alentours de 8h27. "Habile", diront certains, mais ça ne marche pas tous les jours. Peu honnête, diront d'autres, mais que celui qui n'a jamais mis sont réveil à 7h37 me jette la première pierre...
 
Comme tous les matins, je me lève et découvre avec émerveillement la vue de ma fenêtre, qui, malgré les brumes du matin dans mes yeux qui me donnent l'impression d'un paysage de Bretagne un soir de novembre alors qu'il n'y a pas un nuage, me donne le sourire (où ce qui ressemble à un sourire).
Mais ce matin-là, pas de jus de pamplemousse et de petit-déjeuner, parce que, qu'on se le dise, aujourd'hui, je fais ramadan. Le soleil étant levé (depuis bien plus tôt que 7h37, lui), pas le droit de boire ou de manger jusqu'au coucher du soleil.
 
La journée se passe au boulot, classique, mais avec la gorge sèche. C'est la principale difficulté du ramadan, ne pas boire. Avec la clim qui assèche l'air à l'intérieur, on a vite le gosier desséché. Et encore, je travaille en intérieur, mais je n'ose pas imaginer la difficulté pour les ouvriers qui bossent sur les chantiers de construction et transpirent toute la journée...

Finalement, le soleil se couche assez vite. L'iftar, moment où le muezzin se met à chanter pour officialiser la disparition de l'astre solaire, arrive vers 18h50, moment où tout le monde se rue sur la nourriture, laissant les rues et les magasins déserts comme jamais (c'est du coup le moment que choisissent les occidentaux pour aller faire leurs courses peinards). 
 
burger-king-ramadan-kareem.jpgUne journée de ramadan, ce n'est pas si difficile que ça, et les mauvaises langues diront même que ça fait un peu fillette de ne faire qu'une journée, surtout quand j'ai à côté de mois des millions de musulmans qui le font tous les jours depuis déjà 3 semaines. Mais ça a quelques inconvénients :
  • Déjà, c'est fatiguant. Pour que le jeûne soit moins difficile, les musulmans se couchent le plus tard possible, pour pouvoir manger le plus tard possible. Ils se couchent donc vers 5h du matin, et je vous laisse imaginer leur état de fatigue lorsqu'ils arrivent au travail. Ne pas manger, ça fatigue aussi, et du coup, ils font souvent la sieste en rentrant du boulot et jusqu'à l'Iftar. 
  • Ensuite, ça rend quasiment impossible la pratique du sport (dur de courir sans boire). Et vu qu'on profite du ramadan pour faire davantage de sport (squash et football en intérieur principalement), ce serait dommage de casser cet élan en faisant davantage le ramadan. 
  • Enfin, ce n'est pas très bon pour la santé. L'immense majorité des musulmans prend du poids pendant le ramadan, et pas qu'un peu. En effet, manger gras et sucré (comme en témoignent les pubs pour les fast food), seulement le soir, ce n'est pas le meilleur rythme alimentaire. 
Mais il y a aussi des avantages certains, surtout quand on ne fait pas le ramadan :
  • On sort plus tôt du boulot. Puisqu'on fait la journée en continu, les horaires sont aménagés. Le boulot finit à 15 h à EDF, 14h le jeudi, un peu plus tard pour les occidentaux. Et qu'est-ce que c'est agréable de sortir tôt ; ça permet de faire tout ce qu'on n'a pas le temps de faire d'habitude, comme du shopping, avoir un appartement propre et rangé (dans les limites du raisonnable, rassurez-vous), dormir plus...
  • La ville est déserte en journée, ce qui fait qu'on peut tranquillement aller faire ses courses, aller dans les parcs d'attraction aquatiques ou n'importe quel lieu public et se retrouver quasiment seul.
Le ramadan se terminera autour du 10 septembre, et ce sera l'Eïd el Fitr, moment de fête marqué par 2 jours fériés, et puis la vie Abu Dhabienne reprendra son cours normalement. Enfin, de manière normale pour les Emirats...

dimanche 29 août 2010

Profiter du soleil

Tant qu'on est sur l'eau, parlons-en un peu plus.

 

Le constat flagrant qui se fait aux Emirats, c'est qu'avec tout ce soleil, ce serait dommage de ne pas l'utiliser pour faire de l'eau chaude. Les Emirats ne se sont pas encore beaucoup mis aux énergies renouvelables (la faute au pétrole, qui n'est pas cher et en abondance dans le pays), mais il existe une combine pour avoir de l'eau chaude sans consommer de gaz en été.

 

En effet, l'eau froide, comprise dans les charges des immeubles, est stockée dans des réservoirs sur le toit, donc en plein soleil tout l'été. Pendant la saison chaude, cette eau "froide" doit atteindre les 40°C sans forcer.

A l'inverse, les ballons d'eau chaude sont individuels, pour des questions de facturations, et sont donc placés dans les appartement, climatisés comme il se doit. L'eau chaude est donc plus froide que l'eau froide. En éteignant le ballon d'eau chaude, et en se rappelant que l'eau chaude est l'eau froide et réciproquement (et vice versa aussi d'ailleurs), on peut avoir de l'eau chaude sans payer le gaz.

Avec tout le soleil qu'il y a en ce moment, ce serait quand même dommage de ne pas en profiter.

mardi 24 août 2010

L'eau aux Emirats

Avant que l'homme ne passe par là, les Emirats arabes unis étaient quand même relativement un désert (à quelques touffes d'herbe à chameaux près).
 
Pour avoir une petite idée de la situation, voilà quelques chiffres
En France, il tombe en moyenne tous les ans 900 mm d'eau, contre 78 mm par an aux Emirats. Grâce à de savants calculs, on trouve que les Emirats disposent chaque année d'environ 150 millions de mètres cubes d'eau dite "renouvelable" (qui se régénère naturellement), là où en France, nous en avons 200 milliards. 
Jusque là, rien de très surprenant, me direz-vous ; normal, c'est un désert...
 
Côté consommation maintenant, les Emirats consomment environ 34 m3 d'eau par an et par habitant, là où en France, on en consomme 1650 m3 par an et par habitant. 
Cette différence énorme n'est pas due à un comportement particulièrement respectueux et économe des Emiratis, mais plutôt à notre agriculture et à notre industrie en France, qui consomme la majeure partie des ressources en eau. En effet, les Emiratis consomment pour un usage domestique 390 L par jour et par habitant, contre 250 L pour un Français.
 
En tout, les Emirats consomment 26 fois plus d'eau que ce qu'ils ont comme ressource disponible.
Au début, ils pompaient tout ça dans les nappes phréatiques, qui se sont rapidement retrouvées à sec, quand elles n'avaient pas de problème de salinisation.
Heureusement, il y a le pétrole, et la mer à côté, ce qui est quand même une chance. Que l'eau soit salée est un problème qui se résout à grands coups de pétro-dollars. Ni une, ni deux, hop ; on désalinise l'eau de mer. Avec ça, pas de problème de ressource...
Le procédé est extrêmement simple ; on fait bouillir l'eau de mer, on la condense, et on la balance dans des tuyaux (bon, d'accord je vous fais une version courte). Plus récemment, on utilise le procédé d'osmose inverse (bien promu par Véolia et moins gourmand en énergie), qui consiste grosso modo à filtrer l'eau par des membranes très fines.

Grâce à une énergie très peu chère, le prix de l'eau courante aux Emirats est ridicule.
 
L'eau du robinet est donc très pure aux Emirats, trop pure en fait. L'ébullition entraîne une déminéralisation de l'eau, qui à la longue, peut être nocif pour le corps humain. Il faut donc acheter son eau potable en bouteille ou en bidons de 20 litres (rassurez-vous, c'est livré à domicile), qui elle, vient principalement des sources des montagnes d'Al Aïn.
 
Côté retraitement, maintenant, le système est assez bien pensé (il y a encore du Véolia dans le coup). Plutôt que de rejeter l'eau traitée dans des rivières qu'ils n'ont pas, les Emirats utilisent cette eau pour l'irrigation (et ils irriguent un paquet de choses), ou pour la réinjecter dans les nappes phréatiques qu'ils avaient vidées auparavant. Bien pensé, non ?
 
On a là un bel exemple d'adaptation de l'homme à un milieu naturel hostile. Le seul truc qui est dérangeant, c'est que l'énergie qu'ils utilisent pour faire ça n'est pas vraiment renouvelable.
Imaginons maintenant qu'à la place d'utiliser du pétrole, ils utilisent l'énergie solaire (abondante aussi aux Emirats) pour produire de l'eau. Est-ce qu'on n'aurait pas un parfait exemple de développement durable en plein milieu d'un désert ? Bon certes, on en est encore assez loin, mais ça ne coûte rien d'espérer.
 
Retrouvez cet article sur l'excellent site  Tout sur les Emirats arabes unis !

vendredi 20 août 2010

La sécurité aux Emirats

Abu Dhabi, 23h30, un soir en semaine. Je me promène dans une des petites ruelles sombres de mon quartier (en photo de jour), après un bon restaurant Pakistanais bien arrosé (d'eau et de thé, naturellement, puisque les restos Pakistanais ne servent pas d'alcool).
 
Pavés défoncés, peu d'activité, les quelques lampadaires blafards qui éclairent diffusent leur pâle lueur sur le paysage urbain qui s'offre à moi ; ruelle poussiéreuse, cartons qui s'entassent dans un coin, un chat famélique qui mange quelques ordures ; bienvenue dans un des petits quartiers Pakistanais d'Abu Dhabi. Appuyé contre un mur, un Pakistanais se racle la gorge avant de cracher par terre une quantité qu'on dromadaire lui-même serait à la peine de dégurgiter. Au début, ça choque. Après aussi, en fait.
mon quartier commercant
 
Je serais dans un quartier nord de Lima ou de Rio de Janeiro, je ne me baladerais sûrement pas dans un quartier comme ça la nuit tombée. Ou alors, je serais déjà en caleçon, dépouillé de mes vêtements, en train de courir pour échapper à la bande de malfrats qui me poursuivent en me criant "Ola Gringo !".
 
Mais ici à Abu Dhabi, rien de tout cela. Je me ballade l'esprit calme et serein, tout en sifflotant tranquillement un air dont j'ignore le titre parce qu'entendu sur cette mystérieuse mais néanmoins géniale radio qui n'a pas de nom et qui ne passe rien d'autre que de la musique... Mais je m'égare.

Tout ça pour dire que si je me promène l'air guilleret dans un quartier comme ça, c'est parce que la délinquance est très faible (quasiment inexistante) à Abu Dhabi. Pas d'histoire de vols, de pickpockets, de jeunes qui se font braquer par des grand-mères parce que leur retraite est insuffisante, ou de mères de familles qui attaquent des bulldogs, non, rien de tout cela ! Abu Dhabi est sûr, très sûr.
 
En quatre mois aux Emirats, je n'ai jamais entendu quelqu'un raconter qu'il s'était fait voler ses papiers, de l'argent ou quoi que ce soit d'autre. Au contraire, j'ai même entendu des gens raconter qu'ils avaient oublié leur portefeuille dans un lieu public et qu'on leur avait ramené intact.
Comble de la confiance, lorsque les Emiratis vont faire leurs courses, ils sont nombreux à laisser leur (très belle) voiture moteur allumé et clés sur le contact (ça va souvent ensemble, c'est vrai), pendant une demi-heure ou une heure, pour qu'elle soit fraîche quand ils la reprennent. C'est dire à quel point ils n'ont pas peur des vols.
C'est aussi dire à quel point ils s'en tapent des émissions de gaz à effet de serre et de gaspiller de l'essence, mais ceci est une autre histoire...
 
Plusieurs raisons selon moi à ce sentiment de sécurité absolue :
  • Déjà, les peines sont très lourdes ; risquer plusieurs années de prison pour avoir volé un portefeuille, le jeu n'en vaut pas forcément la chandelle. De plus, après la prison, c'est la reconduite à la frontière, et la plupart des Indiens et des Pakistanais n'ont pas trop envie de retourner chez eux (surtout les Pakistanais, parce qu'en ce moment c'est inondé, chez eux, et qu'ils préfèrent avoir les pieds au sec).
  • Mais surtout, la surveillance à Abu Dhabi est telle qu'il est impossible de réaliser quoi que ce soit sans se faire prendre. Toutes les rues sont équipées de caméra de surveillance, qui enregistrent automatiquement les plaques d'immatriculation, ce qui rend possible le fait de trouver une voiture n'importe où dans la ville en moins de 30 secondes, juste en rentrant le numéro de la plaque dans l'ordinateur.
  • Enfin, puisqu'on n'a pas le droit de rester aux Emirats sans avoir de travail, le chômage n'existe (quasiment) pas. Et les ouvriers de construction, qui sont les moins bien payés, ont des journées suffisamment crevantes pour ne pas avoir envie de jouer les Arsène Lupin de banlieue quand ils ont fini leur journée.
 
Pour toutes ces raisons, on peut continuer à se balader en tongs dans les petites ruelles mal éclairées d'Abu Dhabi tard le soir en sifflant... mais bon sang, quel est le titre de cette chanson ?

lundi 16 août 2010

Rando au Jebel Shams

Shams grand canyon
Le week-end dernier, nous sommes partis avec une sacrée troupe (qui a ajouté "de romanos" ?) pour tenter l'ascension du Jebel Shams par la face Nord.


En fait, je crois que c'était par la face Sud-Ouest, mais ça fait tout de suite plus sérieux quand on annonce que c'est la face Nord, peu importe le mont.
 
Nous partîmes dix d'Abu Dhabi, et en l'absence de prompts renforts, nous étions toujours 10 en arrivant au Jebel Shams.
Jeunes, dynamiques, ambitieux et pleins de forces, nous nous voyions déjà en haut du Jebel (et non pas de l'affiche), gravissant ainsi d'un seul coup de rein le sommet d'Oman, que dis-je du Moyen-Orient tout entier, contemplant déjà l'exploit accompli du haut des quelques 3000 mètres que mesure la bête en question...
shams chèvre
Jeunes fous que nous étions !
La cruelle mère Nature est bien perfide à l'encontre de ceux qui la sous-estiment.
 
Première déconvenue ; nous avions prévu de monter en voiture là-haut, laisser 2 voitures sur les 3, redescendre, remonter à pied pour pouvoir camper là-haut (cette manoeuvre que l'on pourrait qualifier d'"habile" nous permettait de camper au sommet sans avoir à se trimballer le matériel de camping). Hélas, zone militaire oblige, pas question de monter en voiture là-haut.
Le temps passant, nous décidons de faire l'aller-retour dans la journée du lendemain et nous contentons d'un petit tour autour du Grand Canyon omanais. Paysages fabuleux, jusqu'à 1500 mètres de falaises qui encadrent une gorge interminable. Saupoudrez le tout de quelques chèvres qui crapahutent dans les rochers, un ou deux percnoptères (si, si, des percnoptères !), et toujours la même troupe de joyeux lurons en mode touriste qui prend des photos en s'extasiant (et si les belges savaient prendre des photos on aurait même eu une photo de groupe cadrée).
Shams oman ma tuer
Après une soirée passée autour du feu à manger des grillades dans un wadi (une rivière à sec) abandonné, à jouer de la guitare pour apprendre un peu ce qu'est la musique occidentale aux chèvres du canton, une nuit passée sous les étoiles et les assauts des moustiques, trop heureux de pouvoir enfin goûter à quelque chose de plus tendre que de la chèvre, et une rencontre avec un énorme scorpion au réveil .... après tout ça, nous partons à l'assaut du Jebel Shams, pour de bon cette fois.
 
Mais hélas, les cartes précises de la région n'existent pas ; pas de carte topographique comme les bonnes vieilles IGN, personne ne randonne en Oman, (certains diront même, personne ne sait où est Oman), nous sommes dans ce que les géographes appellent une zone blanche : il faut se contenter des photos de Google Earth et du marquage au sol.
Et du coup, ça paraissait franchement plus facile sur Google Earth qu'en vrai. Après un peu plus de 4h30 de montée à travers les cailloux et au bord du canyon toujours aussi fabuleux, nous ne sommes qu'à la moitié de l'ascension.
shams happy end
 
Et il nous faut capituler... Le jebel Shams nous a vaincu (la photo ci-dessus est intitulée "Oman m'a tuer").
3h de descente et on rembarque la troupe de joyeux (mais fatigués) lurons dans les voitures, direction Abu Dhabi, et couchage à plus de 2 heures du matin, après un week-end qui n'était pas des plus reposants.
Malgré cela, avant de repartir la queue entre les jambes, gros-jean comme devant et le Shams derrière nous, nous lançâmes un "nous nous retrouverons, vieux Shams ! Et cette fois-ci, tu verras, notre vengeance sera terrible... nous planterons un drapeau sur ton sommet arrogant ; celui de la victoire !" (en fait, on a plutôt dit "En voiture Simone, on rentre à Abu Dhabi, et on s'arrête au premier Burger qu'on trouve sur la route", mais ça rendait moins théâtral...).
 
A refaire, donc ...