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dimanche 5 décembre 2010

Syrie (3/3) : Palmyre, ses palmiers, sa Zénobie

Dernière étape de notre voyage syrien avant la Jordanie ; Palmyre. Depuis la nuit des temps, Palmyre (qui tire son nom du mot "palmier", en arabe "Tadmour", qui veut dire "dattes") est une oasis.
 
palmyre.jpgAu milieu du désert Syrien, une nappe phréatique peu profonde permet aux hommes de faire pousser quelques cultures et d'abreuver les chameaux. Coup de chance, elle est aussi située près d'une trouée dans une chaîne de petites montagnes, qui en fait un passage stratégique entre le très développé Irak et la côte méditerranéenne.
 
La ville se développe rapidement en taxant les routes caravanières très fréquentées de l'encens et de la soie (ce qui ressent, ça va de soi !).
 
Lors des conquêtes grecques et romaines, la ville est incorporée à l'Empire, et les Romains en font même la capitale d'une leurs provinces.
Jusqu'à ce qu'arrive Zénobie...
 
Nous sommes au IIIe siècle, et les Romains ont quelques difficultés à défendre leur province Syrienne contre les Parthes. C'est alors qu'intervient Zénobie, qui, a défaut d'avoir reçu un prénom sympa, a reçu de la nature un cerveau ingénieux, ainsi que de beaux cheveux (Zénobie veut dire "beaux cheveux").
Elle profite de la faible visibilité de l'empire romain pour proclamer son fils Vaballath (ils devaient avoir un problème avec les prénoms, dans la famille) nouvel empereur de Rome.
 
frise-palmyre.jpgLes habitants de la région se sont bien interrogés un peu ; comment ça se fait que ce soit ce grand nigaud de Vaballath, qui a grandi ici, qui devienne empereur de Rome, qui n'est pas la porte à côté. Mais Zénobie avait une armée suffisamment puissante pour convaincre même les plus réticents que son fils était bien le nouvel empereur, et la population ne tarda pas à se rallier à Zénobie et à son fils.
Zénobie en profite même pour aller réclamer, au nom de Rome, les provinces voisines. Celles-ci sont moins facilement convaincues, et il faut quelques batailles. Zénobie conquiert l'Egypte et la Turquie, à l'exception de la Bythinie (ou ont été inventés les maillots de bain 2 pièces).
 
Mais toute cette histoire a fini par se savoir (les télégrammes de Zénobie ont été révélés sur Wikileaks, que l'empereur Aurélien lisait régulièrement), et Aurélien a décidé de mettre un terme à tout ça. Venu de Rome à la tête de ses armées, il ne fit qu'une bouchée de Zénobie. Vallabath, jeune et peu charismatique (certains historiens auraient même dit qu'il avait tout le charisme d'une huître), s'évanouit dans la nature et ne fait plus jamais parler de lui.
Zénobie est ramenée à Rome et mourra dans des circonstances obscures.
vue aerienne palmyre

Pour éviter que cette histoire recommence, Rome décide d'étouffer Palmyre sous les taxes, et la ville tombe peu à peu en ruines. Abandonnée, c'est grâce à cela qu'elle est aujourd'hui en relativement bon état ; personne n'a reconstruit par dessus l'existant. Aujourd'hui c'est un immense champ de ruines magnifiques que l'on s'escrime à déterrer peu à peu.

lundi 29 novembre 2010

Syrie (2/3) : Le Krak des Chevaliers

Le Krak des chevaliers est un château fort situé au Nord de Damas. Le mot Krak vient du mot syriaque karak, qui veut dire forteresse. Les croisés ont du trouver que ça faisait intimidant, et ont donc décidé de garder le nom.
 
Krak_des_Chevaliers.jpgMais revenons au début de l'histoire. Nous sommes en 1099 et les Européens partent en croisade pour la première fois pour aller bouter les Arabes hors de chez eux et s'installer à Jérusalem. Bien que la première croisade ne fut pas toujours une partie de rigolade, les musulmans ne devaient pas s'attendre à ça, et les victoire se sont enchaînées assez facilement pour les chrétiens. 
Arrivés en Syrie, c'est Raymond de Saint Gilles, qui a découvert un petit fort sur une colline assez stratégique du côté de Homs. La forteresse, qui ne s'appelle pas encore Krak des chevaliers, est occupée par des Kurdes, et Raymond les massacra sans même prendre la peine de savoir où se situait le Kurdistan.
Une fois ce petit massacre accompli, il part le coeur léger et l'esprit guilleret sans même laisser une garnison dans cette place forte, pourtant stratégique. Son objectif, c'est Jérusalem. 
 
Jérusalem prise, il revient dans le but de sécuriser la zone, et trouve la petite forteresse des kurdes occupée par des arabes peu enclins à lui ouvrir les portes. Qu'à cela ne tienne, se dit-il, on va les massacrer une seconde fois. Mais les arabes sont sûrement plus doués en défense que les Kurdes (c'est d'ailleurs surement aussi pour ça que le Kurdistan n'a jamais brillé par ses conquêtes militaires) ; Raymond de Saint Gilles repart Gros-Jean comme devant, sans avoir réussi à reprendre la forteresse, et il jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.
 
kraak.jpgIl a fallu attendre 8 ans pour que Tancrède de Hauteville (le prénom Tancrède, bien que charmant, a peu été utilisé depuis) reprenne la forteresse. Il la confie alors à l'ordre des chevaliers hospitaliers, qui fortifie le château et lui donnent son nom de Krak des chevaliers.
Les musulmans essaieront ensuite de le reprendre sans y arriver pendant plus de 161 ans. Car les chevaliers qui l'occupent ne sont pas très hospitaliers avec les musulmans ; une garnison de plus de 2000 hommes y vit en permanence, et la forteresse s'épaissit. Elle compte deux enceintes complètement indépendantes, couvre 2,5 hectares, et abrite en temps de paix assez de vivre pour tenir un siège de 5 ans.
Même Saladin (dont on a parlé dans l'article précédent), qui a repris Jérusalem des mains des croisés, ne réussit pas à s'emparer de l'imprenable krak.
 
Le château est surnommé "la défense de la chrétienté d'Orient", et barre le passage de la trouée d'Homs, passage quasi inévitable entre la côte et l'intérieur des terres. Il fait partie d'une impressionnante ligne de forteresse qui s'étende de la Turquie actuelle jusqu'au sud de la Jordanie. 
 
krak.jpgEn 1271 cependant, le sultan mamelouk Baybars (surnommé aussi le roi des éléphants, allez savoir pourquoi...) assiège le château. Après un très long siège et des attaques incessantes, cric crac ! le Krak craque, et que le grand crique me croque, le sultan croque le Krak. Les chevaliers de l'hospitaliers capitulent, ayant vu leur nombre passer de 2000 à 300. Ils négocient une sortir honorable et demande à ce qu'on leur laisse la vie sauve et qu'on les raccompagne jusqu'à Antioche en échange des clés du Krak.

Après cela, le château fut de moins en moins utilisé, parce qu'il faut bien reconnaître que sans croisades pour se divertir, ce n'est pas pratique d'aller habiter au sommet d'une colline dans une grosse forteresse. Il y fait froid l'hiver, et la première supérette est dans la vallée, qui est quand même à une bonne heure de marche, donc ce n'est pas pratique pour remonter les courses.

Du coup, le Krak est encore bien conservé. Lawrence d'Arabie (dont on parlera plus tard) a même dit que c'était le plus beau château du monde lorsqu'il le vit au début du siècle dernier. Les messieurs de l'Unesco ont du se dire la même chose puisqu'ils l'ont inscrit au patrimoine mondial de l'humanité. Et Flawrence d'Arabie (mon surnom depuis que je suis dans la péninsule) a également déclaré la même chose, avant de se raviser et d'ajouter "mais ça ne vaut pas Versailles" (puisqu'en tant que bon chauvin, on ne manquera pas de comparer tout ce qu'on visite à quelque chose de Français, donc forcément plus joli !).

Et promis, le prochain article, j'essaye de le faire moins long !

jeudi 25 novembre 2010

Syrie (1/3) : Damas

souk.jpgNotre voyage a commencé par la Syrie et Dimasqh (Damas), sa capitale. 
 
La ville existe depuis des temps immémoriaux, et a longtemps rayonné sur le Proche-Orient. Elle est mentionnée à de nombreuses reprises dans la Bible, et a acquis une grande importance religieuse au cours du temps. C'est également à Damas que Saint Paul est allé faire des petites emplettes avant de partir en voyage (les boutiques de Damas ayant abrité les premiers magasins Décathlon, où Saint-Paul achetait ses sandales de randonnée).
Aujourd'hui, la ville est un joyeux bazar, dont le centre historique est assez bien conservé et garde encore un côté traditionnel et pittoresque. 
 
Au coeur de la vieille ville, entre les souks et au milieu du dédale de petites rues se trouve la grande mosquée des Omeyyades, qui a été classé dans la catégorie "pas la moitié d'une mosquée" par l'Unesco (soit un cran en dessous du patrimoine mondial), et qui vaut quand même franchement le détour. 
 
mosquee.jpgD'abord un temple dédié à Jupiter, puis remplacé par une basilique chrétienne dédié à Saint-Jean le Baptiste, le bâtiment est devenu une mosquée sous l'impulsion de Al-Walid Ier (le bien connu) au début du VIIIe siècle. Il a décidé de "construire un édifice qui dépasse en beauté tout ce qui a été fait jusque là et tout ce qui sera fait par la suite", objectif un brin ambitieux, mais qui a quand même donné lieu à une jolie bâtisse (les murs ornés de mosaïques dorées sont particulièrement magnifiques).
De fait, il s'agissait à l'époque de la toute première grande mosquée.

La mosquée est également un lieu de pèlerinage pour plusieurs religions.
On raconte que l'imam Hussein (un des petit-fils du prophète Mahomet) a été emprisonné là après avoir perdu la bataille de Kerbala, et que sa tête une fois séparée de ses épaules a été conservée dans une petite boîte en argent, toujours conservée dans la mosquée (la boîte, pas la tête). La mosquée des Omeyyades est donc un lieu de pèlerinage très importants pour les Shiites, pour qui Hussein est une personnalité importante.
 
mosquee-des-omeyyades.jpgCôté têtes coupées (ça doit être une tradition), on a aussi dans cette mosquée la tête de Saint-Jean le Baptiste, que les musulmans appellent Yahya (pourquoi pas, après tout) et considèrent également comme un prophète de l'islam.
Lors de la construction de la mosquée, on a du exhumer la tête de Jean le Baptiste pour la mettre dans un nouveau coffret. On raconte alors que de grands miracles se sont accomplis à la vue de sa tête ; les aveugles (qui ne pouvaient pas voir la tête) ont retrouvé la vue (sauf ceux qui regardaient dans la mauvaise direction, dommage pour eux), les malades ont été guéris, le soleil est devenu noir pendant quelques instants, et les comptes de la sécu sont repassés dans le vert (c'est dire le pouvoir de la tête). A noter que deux ou trois autres églises revendiquent aussi la tête de Saint-Jean le Baptiste, ce qui pose quelques problèmes historiques, mais on n'est pas à ça près.

Enfin, un des trois minarets de la mosquée des Omeyyades s'appelle le "minaret de Jésus" (qui est aussi un des prophètes de l'islam), car c'est là que devrait apparaître Jésus le jour de la fin du monde, selon les croyances locales. Sont d'ailleurs présents en permanence dans le minaret une tasse de thé et des gâteaux apéro, pour l'aider dans son boulot le jour de la fin du monde (qui ne saurait tarder, selon les prévisions les plus optimistes).
 
Le prochain article vous emmènera au Krak des Chevaliers, impressionnante forteresse croisée, où vous ferez la connaissance de Raymond de Saint-Gilles, qui malgré certaines aptitudes à tenir une épée correctement, n'était pas un grand intellectuel (que de belles histoires en perspective...)

dimanche 21 novembre 2010

Syrie - Jordanie

carte Syrie JordanieJe suis enfin rentré de vacances, et je vais pouvoir vous raconter toutes les jolies choses que j'ai vues dans ces deux pays fabuleux que sont la Syrie et la Jordanie.

 

Je vous ai détaillé les points principaux de ce petit voyage sur la carte à droite.


A : Damas, capitale de la Syrie et ville commerciale pluri-millénaire

B : le Krak des chevaliers, forteresse imprenable des croisés

C : Palmyre, cité greco-romaine, et capitale de la reine Zénobie (je ne doute pas que ce nom évoquera chez vous des souvenirs émus)

D : Amman, capitale de la Jordanie

E : la mer Morte, point le plus bas du Globe, à la frontière avec la Cisjordanie

F : Pétra, une des 7 nouvelles merveilles du monde, où a été tourné Indiana Jones

G : le Wadi Rum, terre de Lawrence d'Arabie.

 

Bien sûr, je ferai des articles plus détaillés avec quelques jolies photos.

 

De manière générale, la Syrie et la Jordanie sont des pays plein d'histoire, où les gens sont extraordinairement accueillants, dans une région déchirée par des tensions politiques très vives (les Syriens et les Jordaniens ne s'aiment d'ailleurs pas particulièrement).

Malheureusement, quelques jours sont largement insuffisants pour pouvoir explorer ces deux pays, mais ça donne un bel aperçu pour y revenir un jour, inch'allah.