dimanche 5 septembre 2010

Trois jours au Liban

liban-fine-equipe.JPGCe blog prend du retard... Déjà 6 jours sans articles, ça ne va pas du tout. On mettra ça sur le compte du Ramadan (et surtout de la quantité incommensurable de soirées, jeux, sports, glandouille travail qui m'a occupé ces derniers temps). Rassurez-vous, j'ai encore moult articles à écrire sur tout un tas de choses qui ne manqueront pas de vous passionner. 
 
Bien que ça commence à remonter un petit peu, un petit week-end du mois d'août vaut quand même la peine qu'on revienne dessus ; pendant trois jours, je suis parti visiter le Liban, accompagné de Charlie, l'anglais qui me sert de colloc et de 3 copines, Amanda, Marie et Servane (la fine équipe en photo).
 
Mon impression générale, c'est que le Liban est un pays fabuleux, encore très marqué par les nombreuses guerres qui ont marqué son histoire récente, et que les Libanais ont un formidable sens de l'accueil. Bien conseillés par des collègues Libanais, nous avons fait pêle-mêle :
 
Beyrouth
liban-beyrouth.JPGLa première chose qui marque à Beyrouth, ce sont les militaires lourdement armés, les chars et les check-point en barbelés à chaque coin de rue. On sent que les tensions sont vives ; c'est vrai qu'entre le Hezbollah, la Syrie et Israël (qu'ils appellent la Palestine puisqu'ils n'ont jamais reconnu l'état d'Israël), ils ont été gâtés.
De nombreux immeubles en ville portent encore des traces de balles ou d'obus, certains sont à moitié détruits. Malgré tout, Beyrouth se reconstruit, et chaque année qui passe rend la ville plus jolie. Le front de mer et le centre-ville ont été complètement refaits pour un résultat très convaincant ; le centre-ville a un petit air de Paris.

Mais Beyrouth est surtout célèbre pour sa vie nocturne endiablée, que l'on s'est empressé de tester (à des fins culturelles naturellement) en allant au Beyroof, une boîte de nuit sur le toit d'un immeuble, où on peut faire la fête tout en profitant d'un panorama exceptionnel sur toute la ville.
 
Grottes de Jeita
Les grottes de Jeita ont été découvertes un peu par hasard au XIXe siècle, mais la partie supérieure n'a été découverte et explorée que dans les années 60.
Aujourd'hui, on peut visiter la partie inférieure des grottes par un petit tour en bateau sur la rivière souterraine, et la partie supérieure à pied sec. Au final, ce sont plus de 8 kilomètres de galeries qui serpentent sous terre, et dont seule une infîme partie est ouverte au public. Les stalagtites et stalagmites pavent les murs de salles qui atteignent les 60 mètres de hauteur. Bref, c'est fabuleux.

Malheureusement, les photos y sont interdites (on ne sait pas bien pourquoi d'ailleurs), donc je n'ai pas de photos à moi. Mais je vous invite à cliquer sur ce lien pour avoir un petit aperçu.
 
et-ca-roule.JPG
Junieh et son panorama
"J'aime les panoramas", aurait dit en son temps un philosophe dont j'ai oublié le nom.
 
Junieh permet d'avoir une bonne vue de ce qu'est la côte libanaise ; une ville en continu coincée entre la mer et les montagnes, où l'ambiance est plus proche de celle d'une distribution de nourriture en Somalie que celle des grands lacs canadiens... en deux mots, c'est le bazar le plus complet.
 
On retrouve très bien ce bazar sur les routes ; autant aux Emirats ils ne conduisent pas bien, mais ils n'arrivent pas à la cheville des Libanais. Des épaves d'un autre âge (un bel exemple en photo) occupe chaque mètre carré de route, en ne tenant aucun compte des signalisations quelle qu'elles soient (feux, stops, et sens interdits sont joyeusement ignorés).
libanbyblos.JPG
 
Byblos
On dit de Byblos que c'est la ville qui est restée peuplée en continu le plus longtemps au monde. En effet, elle est peuplée depuis environ 7000 ans !
 
Sur le site archéologique en bord de mer cohabitent un mur phénicien de 3000 av JC (à droite sur la photo), des obélisques égyptiens, des temples grecs et romains, un fort croisé et le tombeau d'Abi Chemou (dont on se demande bien qui c'est). Assez impressionnant de voir toutes les couches empilées les unes sur les autres, et de contempler autant de tranches d'histoire d'un seul coup ; tellement de choses se sont passées ici...
 
Le reste
On avait aussi prévu d'aller à Baalbeck, mais quelques problèmes d'ordre intestinaux nous ont finalement empêché d'aller là-bas. Résultat, il va falloir y retourner (oh zut !), sûrement en décembre, histoire d'aller voir tout ce qu'on n'a pas eu le temps de faire.
liban-pecheurs.JPG

lundi 30 août 2010

Ramadan, ramadan

7h37 : mon réveil sonne. On pourrait s'interroger sur le pourquoi du réveil à 7h37. La réponse est simple, c'est l'heure la plus tardive possible qui me permet de me réveiller, de prendre mon petit déjeuner, et d'arriver au boulot quelques minutes avant mon patron, soit aux alentours de 8h27. "Habile", diront certains, mais ça ne marche pas tous les jours. Peu honnête, diront d'autres, mais que celui qui n'a jamais mis sont réveil à 7h37 me jette la première pierre...
 
Comme tous les matins, je me lève et découvre avec émerveillement la vue de ma fenêtre, qui, malgré les brumes du matin dans mes yeux qui me donnent l'impression d'un paysage de Bretagne un soir de novembre alors qu'il n'y a pas un nuage, me donne le sourire (où ce qui ressemble à un sourire).
Mais ce matin-là, pas de jus de pamplemousse et de petit-déjeuner, parce que, qu'on se le dise, aujourd'hui, je fais ramadan. Le soleil étant levé (depuis bien plus tôt que 7h37, lui), pas le droit de boire ou de manger jusqu'au coucher du soleil.
 
La journée se passe au boulot, classique, mais avec la gorge sèche. C'est la principale difficulté du ramadan, ne pas boire. Avec la clim qui assèche l'air à l'intérieur, on a vite le gosier desséché. Et encore, je travaille en intérieur, mais je n'ose pas imaginer la difficulté pour les ouvriers qui bossent sur les chantiers de construction et transpirent toute la journée...

Finalement, le soleil se couche assez vite. L'iftar, moment où le muezzin se met à chanter pour officialiser la disparition de l'astre solaire, arrive vers 18h50, moment où tout le monde se rue sur la nourriture, laissant les rues et les magasins déserts comme jamais (c'est du coup le moment que choisissent les occidentaux pour aller faire leurs courses peinards). 
 
burger-king-ramadan-kareem.jpgUne journée de ramadan, ce n'est pas si difficile que ça, et les mauvaises langues diront même que ça fait un peu fillette de ne faire qu'une journée, surtout quand j'ai à côté de mois des millions de musulmans qui le font tous les jours depuis déjà 3 semaines. Mais ça a quelques inconvénients :
  • Déjà, c'est fatiguant. Pour que le jeûne soit moins difficile, les musulmans se couchent le plus tard possible, pour pouvoir manger le plus tard possible. Ils se couchent donc vers 5h du matin, et je vous laisse imaginer leur état de fatigue lorsqu'ils arrivent au travail. Ne pas manger, ça fatigue aussi, et du coup, ils font souvent la sieste en rentrant du boulot et jusqu'à l'Iftar. 
  • Ensuite, ça rend quasiment impossible la pratique du sport (dur de courir sans boire). Et vu qu'on profite du ramadan pour faire davantage de sport (squash et football en intérieur principalement), ce serait dommage de casser cet élan en faisant davantage le ramadan. 
  • Enfin, ce n'est pas très bon pour la santé. L'immense majorité des musulmans prend du poids pendant le ramadan, et pas qu'un peu. En effet, manger gras et sucré (comme en témoignent les pubs pour les fast food), seulement le soir, ce n'est pas le meilleur rythme alimentaire. 
Mais il y a aussi des avantages certains, surtout quand on ne fait pas le ramadan :
  • On sort plus tôt du boulot. Puisqu'on fait la journée en continu, les horaires sont aménagés. Le boulot finit à 15 h à EDF, 14h le jeudi, un peu plus tard pour les occidentaux. Et qu'est-ce que c'est agréable de sortir tôt ; ça permet de faire tout ce qu'on n'a pas le temps de faire d'habitude, comme du shopping, avoir un appartement propre et rangé (dans les limites du raisonnable, rassurez-vous), dormir plus...
  • La ville est déserte en journée, ce qui fait qu'on peut tranquillement aller faire ses courses, aller dans les parcs d'attraction aquatiques ou n'importe quel lieu public et se retrouver quasiment seul.
Le ramadan se terminera autour du 10 septembre, et ce sera l'Eïd el Fitr, moment de fête marqué par 2 jours fériés, et puis la vie Abu Dhabienne reprendra son cours normalement. Enfin, de manière normale pour les Emirats...

dimanche 29 août 2010

Profiter du soleil

Tant qu'on est sur l'eau, parlons-en un peu plus.

 

Le constat flagrant qui se fait aux Emirats, c'est qu'avec tout ce soleil, ce serait dommage de ne pas l'utiliser pour faire de l'eau chaude. Les Emirats ne se sont pas encore beaucoup mis aux énergies renouvelables (la faute au pétrole, qui n'est pas cher et en abondance dans le pays), mais il existe une combine pour avoir de l'eau chaude sans consommer de gaz en été.

 

En effet, l'eau froide, comprise dans les charges des immeubles, est stockée dans des réservoirs sur le toit, donc en plein soleil tout l'été. Pendant la saison chaude, cette eau "froide" doit atteindre les 40°C sans forcer.

A l'inverse, les ballons d'eau chaude sont individuels, pour des questions de facturations, et sont donc placés dans les appartement, climatisés comme il se doit. L'eau chaude est donc plus froide que l'eau froide. En éteignant le ballon d'eau chaude, et en se rappelant que l'eau chaude est l'eau froide et réciproquement (et vice versa aussi d'ailleurs), on peut avoir de l'eau chaude sans payer le gaz.

Avec tout le soleil qu'il y a en ce moment, ce serait quand même dommage de ne pas en profiter.

mardi 24 août 2010

L'eau aux Emirats

Avant que l'homme ne passe par là, les Emirats arabes unis étaient quand même relativement un désert (à quelques touffes d'herbe à chameaux près).
 
Pour avoir une petite idée de la situation, voilà quelques chiffres
En France, il tombe en moyenne tous les ans 900 mm d'eau, contre 78 mm par an aux Emirats. Grâce à de savants calculs, on trouve que les Emirats disposent chaque année d'environ 150 millions de mètres cubes d'eau dite "renouvelable" (qui se régénère naturellement), là où en France, nous en avons 200 milliards. 
Jusque là, rien de très surprenant, me direz-vous ; normal, c'est un désert...
 
Côté consommation maintenant, les Emirats consomment environ 34 m3 d'eau par an et par habitant, là où en France, on en consomme 1650 m3 par an et par habitant. 
Cette différence énorme n'est pas due à un comportement particulièrement respectueux et économe des Emiratis, mais plutôt à notre agriculture et à notre industrie en France, qui consomme la majeure partie des ressources en eau. En effet, les Emiratis consomment pour un usage domestique 390 L par jour et par habitant, contre 250 L pour un Français.
 
En tout, les Emirats consomment 26 fois plus d'eau que ce qu'ils ont comme ressource disponible.
Au début, ils pompaient tout ça dans les nappes phréatiques, qui se sont rapidement retrouvées à sec, quand elles n'avaient pas de problème de salinisation.
Heureusement, il y a le pétrole, et la mer à côté, ce qui est quand même une chance. Que l'eau soit salée est un problème qui se résout à grands coups de pétro-dollars. Ni une, ni deux, hop ; on désalinise l'eau de mer. Avec ça, pas de problème de ressource...
Le procédé est extrêmement simple ; on fait bouillir l'eau de mer, on la condense, et on la balance dans des tuyaux (bon, d'accord je vous fais une version courte). Plus récemment, on utilise le procédé d'osmose inverse (bien promu par Véolia et moins gourmand en énergie), qui consiste grosso modo à filtrer l'eau par des membranes très fines.

Grâce à une énergie très peu chère, le prix de l'eau courante aux Emirats est ridicule.
 
L'eau du robinet est donc très pure aux Emirats, trop pure en fait. L'ébullition entraîne une déminéralisation de l'eau, qui à la longue, peut être nocif pour le corps humain. Il faut donc acheter son eau potable en bouteille ou en bidons de 20 litres (rassurez-vous, c'est livré à domicile), qui elle, vient principalement des sources des montagnes d'Al Aïn.
 
Côté retraitement, maintenant, le système est assez bien pensé (il y a encore du Véolia dans le coup). Plutôt que de rejeter l'eau traitée dans des rivières qu'ils n'ont pas, les Emirats utilisent cette eau pour l'irrigation (et ils irriguent un paquet de choses), ou pour la réinjecter dans les nappes phréatiques qu'ils avaient vidées auparavant. Bien pensé, non ?
 
On a là un bel exemple d'adaptation de l'homme à un milieu naturel hostile. Le seul truc qui est dérangeant, c'est que l'énergie qu'ils utilisent pour faire ça n'est pas vraiment renouvelable.
Imaginons maintenant qu'à la place d'utiliser du pétrole, ils utilisent l'énergie solaire (abondante aussi aux Emirats) pour produire de l'eau. Est-ce qu'on n'aurait pas un parfait exemple de développement durable en plein milieu d'un désert ? Bon certes, on en est encore assez loin, mais ça ne coûte rien d'espérer.
 
Retrouvez cet article sur l'excellent site  Tout sur les Emirats arabes unis !

vendredi 20 août 2010

La sécurité aux Emirats

Abu Dhabi, 23h30, un soir en semaine. Je me promène dans une des petites ruelles sombres de mon quartier (en photo de jour), après un bon restaurant Pakistanais bien arrosé (d'eau et de thé, naturellement, puisque les restos Pakistanais ne servent pas d'alcool).
 
Pavés défoncés, peu d'activité, les quelques lampadaires blafards qui éclairent diffusent leur pâle lueur sur le paysage urbain qui s'offre à moi ; ruelle poussiéreuse, cartons qui s'entassent dans un coin, un chat famélique qui mange quelques ordures ; bienvenue dans un des petits quartiers Pakistanais d'Abu Dhabi. Appuyé contre un mur, un Pakistanais se racle la gorge avant de cracher par terre une quantité qu'on dromadaire lui-même serait à la peine de dégurgiter. Au début, ça choque. Après aussi, en fait.
mon quartier commercant
 
Je serais dans un quartier nord de Lima ou de Rio de Janeiro, je ne me baladerais sûrement pas dans un quartier comme ça la nuit tombée. Ou alors, je serais déjà en caleçon, dépouillé de mes vêtements, en train de courir pour échapper à la bande de malfrats qui me poursuivent en me criant "Ola Gringo !".
 
Mais ici à Abu Dhabi, rien de tout cela. Je me ballade l'esprit calme et serein, tout en sifflotant tranquillement un air dont j'ignore le titre parce qu'entendu sur cette mystérieuse mais néanmoins géniale radio qui n'a pas de nom et qui ne passe rien d'autre que de la musique... Mais je m'égare.

Tout ça pour dire que si je me promène l'air guilleret dans un quartier comme ça, c'est parce que la délinquance est très faible (quasiment inexistante) à Abu Dhabi. Pas d'histoire de vols, de pickpockets, de jeunes qui se font braquer par des grand-mères parce que leur retraite est insuffisante, ou de mères de familles qui attaquent des bulldogs, non, rien de tout cela ! Abu Dhabi est sûr, très sûr.
 
En quatre mois aux Emirats, je n'ai jamais entendu quelqu'un raconter qu'il s'était fait voler ses papiers, de l'argent ou quoi que ce soit d'autre. Au contraire, j'ai même entendu des gens raconter qu'ils avaient oublié leur portefeuille dans un lieu public et qu'on leur avait ramené intact.
Comble de la confiance, lorsque les Emiratis vont faire leurs courses, ils sont nombreux à laisser leur (très belle) voiture moteur allumé et clés sur le contact (ça va souvent ensemble, c'est vrai), pendant une demi-heure ou une heure, pour qu'elle soit fraîche quand ils la reprennent. C'est dire à quel point ils n'ont pas peur des vols.
C'est aussi dire à quel point ils s'en tapent des émissions de gaz à effet de serre et de gaspiller de l'essence, mais ceci est une autre histoire...
 
Plusieurs raisons selon moi à ce sentiment de sécurité absolue :
  • Déjà, les peines sont très lourdes ; risquer plusieurs années de prison pour avoir volé un portefeuille, le jeu n'en vaut pas forcément la chandelle. De plus, après la prison, c'est la reconduite à la frontière, et la plupart des Indiens et des Pakistanais n'ont pas trop envie de retourner chez eux (surtout les Pakistanais, parce qu'en ce moment c'est inondé, chez eux, et qu'ils préfèrent avoir les pieds au sec).
  • Mais surtout, la surveillance à Abu Dhabi est telle qu'il est impossible de réaliser quoi que ce soit sans se faire prendre. Toutes les rues sont équipées de caméra de surveillance, qui enregistrent automatiquement les plaques d'immatriculation, ce qui rend possible le fait de trouver une voiture n'importe où dans la ville en moins de 30 secondes, juste en rentrant le numéro de la plaque dans l'ordinateur.
  • Enfin, puisqu'on n'a pas le droit de rester aux Emirats sans avoir de travail, le chômage n'existe (quasiment) pas. Et les ouvriers de construction, qui sont les moins bien payés, ont des journées suffisamment crevantes pour ne pas avoir envie de jouer les Arsène Lupin de banlieue quand ils ont fini leur journée.
 
Pour toutes ces raisons, on peut continuer à se balader en tongs dans les petites ruelles mal éclairées d'Abu Dhabi tard le soir en sifflant... mais bon sang, quel est le titre de cette chanson ?